Partage Bretagne Côte d'Ivoire

Partage Bretagne Côte d'Ivoire est une association humanitaire à but non lucratif dont l'objectif est de mener à bien des projets précis en Côte d'Ivoire, au Burkina Faso et au Bénin en travaillant en direct avec des responsables locaux.

17 avril 2008

article Ouest-France Grégoire

Journal Ouest-France du mardi 1 février 2005
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Grégoire, le frère des fous de Bouaké

photo_Gr_goire_1_f_v_2005_2Grégoire Ahongbonon, l'ancien réparateur de pneus, a choisi de réparer les âmes des malades mentaux de Côte d'Ivoire, souvent écartés des villages, les jambes entravées avec de lourdes billes de bois.

Pas facile, dans un pays devenu fou, de s'occuper de ceux qui ont perdu la raison. Depuis plus de dix ans, Grégoire Ahongbonon soigne les malades mentaux de Côte d'Ivoire. Aidé par des associations françaises, il a créé huit centres pour les réinsérer et leur rendre leur dignité. À Bouaké, ni les barrages ni les armes ne l'arrêtent. 

« Les événements de l'automne nous rendent la tâche plus difficile. Ce n'est pas facile de soigner 800 malades quand il n'y a plus ni eau ni électricité .» À Bouaké, où il a créé son centre pour malades mentaux, en 1994, Grégoire Ahongbonon n'en était pas à sa première crise. À chaque fois que le pays s'embrase, les problèmes se multiplient : « Aujourd'hui à Abidjan, la pharmacie refuse de me donner des médicaments parce que nous sommes en zone de guerre. La Croix- Rouge me dit que nous sommes une structure privée et qu'elle ne peut rien faire. Mais je vais continuer à me battre car on ne peut pas laisser les malades dans la rue. »

Cet ancien Béninois de 52 ans que ni les barrages ni les armes n'arrêtent quand il s'agit d'organiser une soupe populaire pour ceux qui ont tout perdu, est devenu incontournable. Son action est connue au-delà de la Côte d'Ivoire. On le réclame au Bénin, au Tchad. Habité par la foi chrétienne depuis un pèlerinage à Jérusalem, dans les années 70, il est devenu le frère des fous de Bouaké. Voilà plus trente ans qu'il consacre sa vie aux déshérités de Côte d'Ivoire. D'abord à l'hôpital, en apportant nourriture et médicaments aux pauvres, puis à la prison, en aidant les prisonniers à retrouver leur dignité, et enfin, depuis 1991, en s'efforçant de sortir les malades mentaux d'un quasi-esclavage.

En Afrique, plus encore que chez nous, la folie fait peur. Elle est souvent considérée comme une malédiction liée à la sorcellerie. Ce sont les mauvais esprits qui habitent l'âme de ces malades écartés des villages, les jambes entravées avec de lourdes billes de bois pour les empêcher de revenir. Un mal qu'il faut cacher parce qu'il fait honte. Aux familles comme aux pouvoirs publics. « J'en ai vu emmenés en forêt et attachés à des arbres par leur propre famille », raconte Grégoire. Depuis plus de dix ans, l'ancien réparateur de pneus a entrepris de réparer les âmes. Un soir de 1991, il installe quelques malades dans une chapelle et les nourrit. En 1994, sur le terrain de l'hôpital de Bouaké, il crée son premier centre, La maison des malades sans famille. Aujourd'hui, son association, Les amis de Saint Camille de Lellis, gère huit centres en Côte d'ivoire et au Bénin. « Un évêque du Tchad vient de m'appeler pour me demander si je pouvais aller travailler dans son pays. »

Son objectif n'est pas seulement de mettre les fous à l'abri des persécutions, mais surtout de les réinsérer. 2500 patients ont déjà retrouvé leurs familles. Les guéris encadrent les nouveaux. Ils travaillent dans des fermes et des ateliers artisanaux pour développer l'autofinancement. Car Les amis de saint Camille de Lellis courent en permanence après les aides financières. « Au fur et à mesure que nous ouvrons des centres , les besoins grandissent », souligne-t-il. L'association s'appuie sur quelques relais en Italie, en Espagne. En France, 'Laclef' que préside Dominique Poissonnier, un neuropsychiatre de Villeneuve d'Ascq, coordonne les bonnes volontés venues d'Indre-et-Loire (Pharmaciens sans frontières), de Loire- Atlantique (Partage Bretagne Côte d'Ivoire) ou de Sarthe (Amitié développement Korogho-Vibraye), et s'efforce de faire connaître l'oeuvre du frère des fous.

Association Les Amis de Camille de Lellis en France (Laclef), 9 avenue Foch, 78400 Chatou. Tél. 01.39.52.24.01.

Jacky BEAUFILS.

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